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 PARAY Paul > Biographie   


 

Toutes les œuvres de ce compositeur sur le site www.henry-lemoine.com

Du vivant de Paul Paray, la brillante carrière du chef éclipsa quelque peu celle du compositeur. Son œuvre, pourtant si riche en inventions rythmiques et mélodiques, se trouve enfin rassemblée aux Editions Jobert.

Paul Paray disait volontiers que "toute musique digne de ce nom doit pouvoir être chantée", et ce n’est pas un hasard si ses compositions privilégient la mélodie. Né en 1886 au Tréport, en Haute Normandie, le jeune Paul apprend le piano avec son père, organiste de l’église Saint-Jacques, et découvre à ses côtés les grands oratorios de Haydn, Mendelssohn, Berlioz, Gounod, Saint-Saëns.

C’est à la maîtrise Saint-Evode de Rouen qu’il reçoit une solide formation littéraire et musicale. Il y chante les maîtres de la Renaissance, pratique le violoncelle, les timbales, le piano et l’orgue. A quatorze ans, il joue de mémoire sur le grand instrument de la cathédrale toute l’œuvre pour orgue de Jean-Sébastien Bach et compose un premier Magnificat pour les jours de fête. Il déchiffre à vue les partitions de Franck, Bruckner et Reger. Il découvre bientôt le répertoire des mélodies françaises, et compose lui-même Paroles à la Lune, en 1902, sur un poème d’Anna de Noailles.

Entré à dix-sept ans au Conservatoire de Paris, il y suivra les cours de Xavier Leroux et de Georges Caussade. Il écrit alors une première série de mélodies, et une ravissante Pastorale de Noël (1904), qu’il conçoit "en une nuit". Il met à profit ses moments de liberté pour tâter du métier : il est violoncelliste au Théâtre Sarah Bernhardt, puis, en 1909, après son service militaire, pianiste au cabaret Les Quat’Z’Arts, où il signe de nombreux couplets sous le pseudonyme Paul Apria. Il compose une élégante Fantaisie pour piano et orchestre, une Sonate pour violon et piano, et se lie d’amitié avec Jean Jobert, qui deviendra son éditeur à partir de 1912.

Un premier prix d’harmonie et un second prix de contrepoint lui permettent de se présenter au concours de Rome de 1910. Sa cantate Acis et Galatée lui vaut un second Grand Prix, et l’estime de Gabriel Fauré. C’est l’année suivante, en novembre 1911, qu’il obtient le premier Grand Prix, pour sa cantate Yanitza, qui fait l’unanimité du jury, présidé par Camille Saint-Saëns.

De son séjour à la Villa Médicis, brutalement interrompu par la guerre, Paul Paray se souviendra comme de la période la plus heureuse de sa vie. Il écrit à Rome la Suite d’orchestre Adonis troublé (qui fournira la musique du ballet Artémis troublée, monté par Léon Bakst à l’Opéra de Paris, en avril 1922), de nombreuses pièces pour piano, un Nocturne pour violon, et de nouvelles Mélodies sur des textes de Théophile Gautier, Jean Aicard, Albert Samain, José-Maria de Hérédia... Il travaille longuement à son Oratorio Jeanne d’Arc, qui sera chanté en la cathédrale de Rouen, à l’occasion des fêtes commémoratives de mai 1913.

La guerre va mettre un terme provisoire à ce travail de création. Fait prisonnier et envoyé au camp d’internement de Darmstadt, il subit une dure captivité de quatre années, mais développe cette étonnante faculté qui lui permet de composer sans instrument de musique, de concevoir et de garder en l’esprit le détail des partitions qu’il transcrira plus tard sur le papier, d’un seul jet, et sans rature. Son Quatuor à cordes, achevé au Tréport, plus sombre et plus heurté, semble témoigner de sa découverte du tragique de la vie.

C’est seulement en 1919 qu’il fait l’expérience de la direction d’orchestre. Il y connaît un succès fulgurant. Dès octobre 1920, il succède à Camille Chevillard comme directeur de l’Orchestre Lamoureux et crée alors, en marge du répertoire classique et romantique, de nombreuses œuvres de ses contemporains : Gabriel Fauré, Gabriel Pierné, Maurice Ravel, Florent Schmitt, Albert Roussel, etc...

Il quitte Lamoureux en 1928, et partage pendant douze ans une intense activité entre les orchestres de l’Opéra de Monte-Carlo, du Casino de Vichy, des Concerts Colonne et de l’Opéra de Paris. Mais la direction d’orchestre n’épuise pas toute son énergie. Il compose des œuvres parfaitement maîtrisée, d’une audacieuse vigueur, mais dont l’esthétique apollinienne et le phrasé lyrique ne feront jamais place à la forme atonale ni aux expériences sérielles : la Messe pour le cinquième centenaire de la mort de Jeanne d’Arc, créée à Rouen en mai 1931, qui provoqua l’enthousiasme de Florent Schmitt : "La Messe de Jeanne d’Arc est une œuvre d’une force et d’une noblesse qui la hissent d’emblée aux sommets", la Première Symphonie en ut, créée en mars 1935 aux Concerts Colonne, où la science orchestrale est mise au service d’un "optimisme que toutes les ironies et tous les scepticismes ne sauraient endiguer" (Jean-Philippe Mousnier), la Seconde Symphonie en la, créée au Châtelet en avril 1940, tour à tour méditative, nostalgique, tumultueuse et sereine, conçue à la faveur de longues promenades sur les falaises du Tréport, peu après la mort de son père.

La guerre interrompt, une nouvelle fois, l’activité musicale de Paul Paray, qui démissionne de la présidence des Concerts Colonne et quitte Paris en octobre 1940. Il s’exile à Monaco, qui lui offre le poste de co-directeur et premier chef d’orchestre de l’Opéra. Contraint de réduire la fréquence de ses concerts publics après l’invasion de la "zone libre", il prend le temps de transformer quelques-unes de ses œuvres antérieures : il élargit son Quatuor à cordes aux dimensions d’une Symphonie d’archets, qu’il dirige à Monte-Carlo en mars 1944, et réalise l’orchestration d’une dizaine des Mélodies dont il avait achevé la série dès 1921, sur des poèmes de Jean Lahor.

Bientôt absorbé, à la Libération, par la réorganisation de l’Orchestre Colonne et ses tournées en Europe, Paul Paray interrompt son activité de compositeur. Après une prestigieuse série de concerts aux Etats-Unis il accepte de rebâtir le Detroit Symphony Orchestra, dont il fera, pendant onze ans, "le premier orchestre français des USA". Ses enregistrements sous label Mercury en ont conservé la mémoire.

Il a soixante-quinze ans en 1962, lorsqu’il entreprend la dernière phase de sa carrière, celle de Guest conductor. Toujours précédé par sa réputation de "bâtisseur d’orchestre", il est régulièrement invité par les plus grands orchestres du monde et sur tous les continents. C’est à Monte-Carlo que la mort le surprend, le 10 octobre 1979, peu après un concert avec son ami Yehudi Menuhin, à la veille de trois nouvelles prestations avec l’Orchestre de Paris.

Paul Paray était membre de l’Académie des Beaux-Arts, Grand Croix de la Légion d’Honneur, Citoyen d’honneur de Monaco et de Detroit.

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